Me voilà de retour sur ces terres africaines
Cent fois foulées aux pieds et cent fois oubliées,
Des grains de latérite collés à mes souliers,
Cherchant dans ma mémoire des émotions lointaines.
Et dès les premiers pas, quittant les vents glacés
Des frimas charentais, une chaude humidité
Transpirant de senteurs et de fétidité,
M'étouffe âcrement pour mieux me terrasser.
Apercevant au loin un vieux bougainvillier,
Je suis brutalement envoûté et conquis,
Et comme paralysé, happé par un pays
Jusqu'alors inconnu et pourtant familier.
L'Afrique, ce sont d'abord, pour l'étranger profane,
Des odeurs, des saveurs, des bruits et des couleurs,
Des rythmes endiablés, de merveilleux conteurs
Et des rugissements le soir, dans la savane.
Généreuse, l'Afrique offre dès le premier regard,
Ses foules bigarrées et ses milliers d'enfants,
Des visages rayonnants, des sourires éclatants,
Et la vie indomptée dans les yeux des vieillards.
Mais l'Afrique, c'est pour moi une curieuse alliance,
Une danse macabre pour conjurer les sorts
Des terrifiants sorciers usant de métaphores
A déchirer les peurs des anciennes croyances.
Ô Afrique éternelle, ô matrice du monde,
Ô sombre termitière aux reflets ocres et or,
Obscur dépositaire des secrets de la mort,
Gorgée de sang, ta terre régénère et féconde.
Si, dans l'aube des temps, tu fus notre berceau,
Qu'aux quatre coins du monde, tu offris tes enfants,
Au terme de la quête, du long cheminement
De notre humanité, tu seras le tombeau.
Je sens dans mes entrailles une ample respiration,
Montant des profondeurs une pulsion tellurique,
Une harmonie magique, un rythme lent et cosmique
Qui découpe ma vie comme une ponctuation.
Las, je suis revenu, éternel pèlerin,
Me noyer dans tes foules et tes divinités
Me perdre dans tes espaces, dans ton immensité,
Marcher infiniment le long de tes chemins.
Afrique éternelle
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