Et je marche harassé, fier de traîner mes guêtres,
Sur les traces de mes pères et des pères de mes pères,
Sur ces terres inconnues et pourtant familières,
De l'Afrique mythique, berceau de mes ancêtres.
En calant ma foulée dans les pas de leurs pas,
Comme on se glisse à l'aube dans des draps encore chauds,
Je me demande par quels besoins fondamentaux,
Je me retrouve ici, près de Karimama.
Brûlé par un soleil implacable et radieux,
Je prends alors conscience de notre éternité,
Que nos actions futures, mille fois répétées,
Sont en réalité les faits de nos aïeux.
Je ne suis qu'un maillon de cette longue chaîne,
Qui, à travers les âges, forme l'humanité,
Dès sa genèse aspire à l'immortalité,
Souvent trop à l'étroit dans sa défroque humaine.
Telle une fourmi naine dont la force vient du nombre,
Si je me sens, comme elle, infime et pitoyable,
Je sais que nous serons ensemble invulnérables,
Mais que je ne saurais m'affranchir de ton ombre.
Et ces pas que je fais pour la première fois,
Ces chemins que je bats, vierges de ton amour,
Me conduisent tout droit, après mille détours,
Vers l'unique dessein qui soit digne de toi.
Si je crois être maître, comme tous les survivants,
De ma propre existence, je sens confusément
Que des forces occultes, soufflant comme le vent,
Guident mes pas vers toi, irrésistiblement.
Résigné mais heureux, je me laisse emporter,
Acceptant à présent de n'être qu'un pantin,
Dérisoire marionnette aux prises à son destin,
Perdue comme une étoile dans ton immensité.
Quand tu refuses encore et toujours d'accepter
L'avenir fantastique que la vie nous promet,
Je pleure sur cet amour que je n'ai su semer
Et te démystifier son masque d'étrangeté.
Car de ma solitude, née de ta multitude,
S'épanouit dans mon cœur une fleur rarissime,
Aussi précieuse que l'est l'édelweiss à tes cimes,
Et qui porte, en son germe, toute son infinitude.
Blues africain
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